La luminosité naturelle et la qualité de la vue agissent sur la santé des travailleurs, selon une étude étasunienne


Par Laurent Buschini

La quantité de lumière du jour et la présence d’éléments naturels sur le lieu de travail influencent le bien-être des employés et réduisent l’absentéisme. Ce sont les conclusions d’une étude étasunienne menée en 2011 par l’Université de l’Oregon.

L’enquête portait sur l’influence de la lumière du jour et du paysage visible depuis les fenêtres du lieu de travail sur la santé des travailleurs. Pour la réaliser, les chercheurs ont utilisé le siège principal de l’Université de l’Oregon. L’établissement possède, grosso modo, un tiers d’espaces de travail avec des fenêtres donnant sur l’environnement urbain, un tiers offrant une vue sur un parc arborisé et un tiers sans ouverture vers l’extérieur. Les espaces de travail sont composés de bureaux privés et d’open spaces.

Impact net

Les 175 employés de l’alma mater ayant participé à l’étude ont donné leur préférence et leur perception de leur lieu de travail en termes de luminosité naturelle et de qualité de la vue. Parallèlement, les concepteurs de l’étude ont mesuré la luminosité naturelle et classé la vue disponible depuis chaque poste de travail. Les données ont été confrontées aux absences pour cause de maladie (sans certificat médical) durant les deux dernières années.

Les résultats montrent que les employés dont le poste de travail reçoit une faible luminosité naturelle ou est dépourvu de vue ont été davantage malades. La différence est significative; le nombre moyen d’heures d’absence par année et par employé passant de 55 à 71 heures. De même, la différence de l’absentéisme entre les places ayant une vue sur la nature et celles dépourvues d’ouverture vers l’extérieur passe de 57 à 68 heures. Quand on cumule les deux variables, on obtient une différence passant de 53 heures d’absences par année à 71.

Des bureaux davantage végétalisés

Les entreprises ne se contentent plus de placer quelques plantes ici ou là le long des couloirs. Elles réorganisent l’espace de travail avec des cloisons végétalisées mobiles. Certaines d’entre elles installent même des postes de travail pourvus de la technologie moderne des espaces verts, dans un jardin ou sur une terrasse. Ces espaces de travail sont censés améliorer la convivialité et la productivité des employés tout en réduisant l’absentéisme.

« Le monde du travail réfléchit davantage en termes d’ambiance d’habitat, explique Urs Lüscher, directeur des achats chez Batiplus, entreprise spécialisée dans l’aménagement de bureaux et présente notamment à Genève. On cherche à varier les espaces. » Fini donc les alignements de tables identiques. L’espace est interrompu par des zones de repos ou de rencontre.

L’apport végétal permet de rendre l’environnement moins stérile: « Les plantes ont aussi une fonction de purification de l’air, ajoute Urs Lüscher. De plus, avec les cloisons végétales et les bureaux fertiles, on cherche à créer des espaces qui ne ressemblent pas à des espaces de travail. La tendance est à chercher une individualisation du poste de travail. »

Revoir l’architecture

L’étude peut-elle avoir une influence sur la manière dont on construit les espaces de travail? « De toute façon, pour les bureaux, nous n’avons pas le choix, indique François de Planta, architecte du bureau De Planta Portier, à Carouge. La loi nous impose qu’il y ait pas de poste de travail dépourvu de lumière naturelle. »

Antonio Tramparulo, du bureau d’architecture Tempesta Tramparulo, à Lausanne, accorde aussi de l’importance à la lumière naturelle: « Le type de lumière dépend de l’activité et du lieu. Pour les activités manuelles ou artistiques, on privilégie la lumière naturelle du nord, plus régulière. Dans un bureau où on travaille essentiellement devant un ordinateur, on privilégie plutôt un mélange entre lumière naturelle et éclairage artificiel. »

Des normes existent depuis un siècle, rappelle Antonio Tramparulo: « Le rapport entre la pièce et le vitrage est d’un huitième. Autrement dit, pour une pièce de 10 m2, il faut au minimum 1.8m2 de vitrage. La profondeur joue aussi un grand rôle. On ne peut pas faire un bureau éloigné de plus de 10 m du vitrage, car il serait sinon trop sombre. »

L’architecte lausannois est plus circonspect sur l’importance de la vue: « Il est évident que le regard sur de grands espaces est reposant. On est en ville et on veut voir de la campagne. C’est un des paradoxes de notre mode de vie. »

Au final, c’est l’usager qui s’approprie son espace de travail, rappelle François de Planta: « Parfois, cela va à l’encontre des intentions de l’architecte. Ainsi, avec des bureaux aux larges baies vitrées, certains employés montent des piles de cartons pour se cacher de la vue des passants. »

Source: Tribune de Genève, 3 septembre 2014

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