PME cibles de tentatives d’escroquerie sophistiquées

Grosses affaires à payer en cash, sommes à virer en urgence pour des opérations confidentielles, rançons à verser à des pirates informatiques… Les PME ne sont pas à l’abri de tentatives d’escroquerie.

Bien que forte d’une centaine d’employés, cette entreprise de sous-traitance dans le secteur du luxe est discrète. Elle ne possède pas de site web et ne vend aucun produit sous son nom. Cela ne l’a pas empêchée d’être la cible de deux tentatives d’escroquerie sophistiquées, à quelques jours d’intervalle, probablement par les mêmes personnes.

La première a débuté comme une affaire classique. Un haut responsable de la société a reçu à la fin de l’hiver un appel d’un intermédiaire affirmant agir pour le compte de clients russes fortunés. Ceux-ci voulaient prétendument offrir un millier de cadeaux à l’occasion d’une fête de fin d’année. Un représentant de la société est aller rencontrer ces « clients » dans un hôtel à Milan. « Ils étaient cultivés, polyglottes, bien habillés et portaient des montres de prix », raconte l’administrateur de l’entreprise. « La seule chose curieuse était qu’ils parlaient mal anglais ». Le responsable présente les produits, les « clients » se disent intéressés. Mais ils exigent de payer en liquide les cinq cent mille francs que représente la commande. La société refuse. Ils présentent alors une autre offre: deux tiers de la somme par transfert bancaire et le dernier tiers en cash, avec facture, copie des documents d’identité et autres justificatifs. La société refuse également.

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Conseils pour éviter de se faire escroquer

Les tentatives d’escroquerie du type de celles que nous relatons sont devenues courantes. Comment s’en prémunir?

Le facteur humain étant le point faible des systèmes de sécurité, c’est notamment sur lui qu’il faut agir. Il est très important de sensibiliser son personnel régulièrement à ce type d’escroqueries, et particulièrement les services comptables. Un certain nombre d’indices peuvent servir de signaux d’alerte: les escrocs effectuent généralement des demandes sortant de l’ordinaire, en se faisant passer pour des hauts responsables de l’entreprise. Ils exigent une stricte discrétion. Ils agissent souvent pendant les vacances, ou en fin de semaine, lorsque les responsables peuvent être difficiles à joindre. Ils essaient d’empêcher la personne à qui la demande est effectuée de recouper les renseignements. Ils font intervenir des intermédiaires « de confiance » pour valider le scénario, comme prétendus avocats. Ceux-ci appellent généralement de numéros masqués et demandent à l’interlocuteur de prendre contact avec eux uniquement par e-mail, soi-disant par respect des procédures en vigueur dans ce genre d’opération. Ils n’hésitent pas mettre une certaine pression.

Il ne faut pas se laisser intimider et toujours essayer de recouper les demandes inhabituelles. Et lorsque l’on prend contact avec quelqu’un, il faututiliser le numéro de téléphone ou l’adresse e-mail que l’on connaît déjà plutôt que ceux qui se trouvent, le cas échéant, sur le message que l’ont vient de recevoir.

Pour les grosses affaires, il faut également soigneusement vérifier l’identité de la contrepartie et se méfier des demandes de paiement en liquide. Enfin, il faut disposer de procédures de contrôle rigoureuses pour les transactions financières.[/note]

Au cours de la discussion, les « clients » demandent si le sous-traitant peut leur recommander une société dans le domaine horloger. Le sous-traitant donne le nom d’une entreprise avec laquelle il est en contact. Celle-ci est également invitée à présenter une offre dans un hôtel milanais, pour une affaire de quelques millions. Cette fois encore, les « clients » demandent à payer en cash. Et cette fois encore, ils essuient un refus. Fin du premier acte.

DEUXIÈME ACTE

Le deuxième acte se déroule une semaine plus tard. La comptable du sous-traitant reçoit un appel d’un prétendu avocat qui se réclame de l’administrateur alors à l’extérieur. Pour la mettre en confiance, le prétendu avocat demande comment l’administrateur a vécu la mort de son père, survenue quelques mois auparavant. Il raconte ensuite à la comptable qu’elle a été choisie pour mener une affaire extrêmement confidentielle, sur laquelle elle doit garder le secret le plus absolu. « N’en parlez même pas à votre patron », recommande-t-il. « Il pourrait être sur écoute ».

L' »avocat » explique alors à la comptable que le sous-traitant va procéder à une OPA en Chine et qu’elle va recevoir un e-mail de l’administrateur, qui lui indiquera la marche à suivre pour transférer les fonds nécessaires. Quelques minutes plus tard, l’e-mail arrive, au nom de l’administrateur – la comptable ne s’aperçoit pas que l’adresse, bien que ressemblant à celle de ce dernier, est en fait différente. S’ensuivent une quinzaine de coups de fils et d’échanges d’e-mails qui ont pour but de préparer le virement de plusieurs centaines de milliers de francs sur un compte en banque, dont elle ne recevra les coordonnées que lorsque tout sera prêt. L’opération doit impérativement être bouclée avant seize heure trente, affirme l' »avocat ».

Heureusement, seul l’administrateur possède les codes nécessaires à effectuer le virement. La comptable parvient à le joindre. « Je ne comprenais rien à ce qu’elle me racontait », se souvient-il. « J’ai cru qu’elle avait perdu la raison ». Il ne lui donne pas les codes. Le lendemain, en entant le récit de la comptable, il se rend toute de suite compte que l’entreprise a été victime d’une tentative d’escroquerie. Il prend contact avec la police. « Ils m’ont dit que c’était une arnaque classique et que comme nous n’avions subi aucun dommage, ils n’allaient pas poursuivre l’affaire ». Il avertit aussi sa banque. « Ils m’ont expliqué qu’ils étaient régulièrement confrontés à des cas de ce type et qu’ils allaient mettre en œuvre une procédure de surveillance spéciale sur nos comptes en banque ».

COÏNCIDENCE TROUBLANTE

Peu après. il raconte l’affaire à la société horlogère qui avait aussi été approchée par les curieux Russes de Milan. Elle a subi la même tentative d’escroquerie, quelques jours plus tard. Une coïncidence troublante. « Je pense donc qu’ils ont essayé de nous escroquer avec l’affaire du cash et que, comme ils n’y sont pas parvenus, ils ont tenté une autre approche peu après », suppute l’administrateur.

Mais quel était le but de l’opération consistant à leur proposer une affaire en liquide? L’administrateur crois avoir trouvé le fin mot de l’histoire en discutant avec un autre entrepreneur du secteur du luxe. Lui aussi a été approché par des prétendus clients basés à Rome, qui lui ont proposé une affaire de plusieurs millions à payer cash. Les contacts ont duré plusieurs mois, la marchandise a été produite. La banque de cet entrepreneur a jugé que si les « clients » produisaient tous les justificatifs sur leur identité et sur la provenance de l’argent, l’affaire pouvait être conclue en liquide.

Un rendez-vous a donc été fixé un jour à quatorze heures au siège de la banque, pour finaliser la transaction. À neuf heures, les « clients » confirment qu’ils seront au rendez-vous avec les documents requis. Une heure plus tard, ils rappellent pour expliquer qu’ils doivent effectuer un dépôt de deux cent mille francs avant midi pour acheter un appartement en Suisse et disent qu’ils ne disposent que d’euros. Ils suggèrent donc à l’entreprise horlogère d’avancer le montant du dépôt en francs suisses, qui lui sera remboursé à quatorze heures à la banque, en euros. L’entreprise refuse et n’entend plus jamais parler des « clients ». Tout laisse donc penser que les Russes ayant fait venir le sous-traitant puis l’autre entreprise horlogère à Milan projetaient une arnaque du même type. On peut aussi imaginer qu’ils ont profité de l’occasion pour glaner des renseignements sur l’entreprise et ses responsables, permettant de crédibiliser leur scénario d’OPA imaginaire.

Conclusion de l’entrepreneur: « Nous sommes tombés sur des escrocs très professionnels, et si les circonstances avaient été un peu différentes, ils auraient peut-être réussi leur coup. Être une entreprise de taille modeste, discrète et seulement connue dans un milieu restreint ne vous protège pas ».

Pierre Cormon

Source: Entreprise romande, 3 juin 2016


Scénarios d’escroquerie classiques

La police genevoise vient de rendre les PME attentives au risque d’escroquerie évoqué ci-dessus, ainsi qu’à deux autres scénarios:

Les fausses régies

Les escrocs prennent contact avec l’entreprise en se faisant passer pour la régie, et lui expliquent que le service comptable a été délocalisé à l’étranger. Ils lui demandent donc de verser le loyer sur un autre compte bancaire à l’étranger… qui appartient aux escrocs.

Les fausses factures

L’escroc se fait passer pour un fournisseur de l’entreprise et lui transmet de fausses factures ressemblant à celles du fournisseur, mais avec les coordonnées bancaires des escrocs.

Le site SKPPSC (Prévention Suisse de la Criminalité) donne des conseils et des informations sur les escroqueries et les arnaques en Suisse

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